Category: Témoignages

Le charme de Prague est cependant renforcé par les cicatrices de l’histoire.

La ville n’est pas un musée à ciel ouvert, elle est vivante et réserve de nombreuses surprises au visiteur attentif. La période communisme, derrière le rideau de plomb a laissé quelques traces…

Des immeubles soviético-laids, poussés comme par enchantement autour de jolies maisonnettes… Un énorme métronome, construit pour remplacer une statue déboulonnée de Staline… Ou encore un Monument aux Victimes du communisme, effrayant comme un film de zombies. Mais ces ruptures architecturales ne font que mettre en valeur l’extraordinaire patrimoine de la ville.

Il y a comme un truc au fond de mon jardin…

 

 

 

 

 

 

Pour faire court : ami touriste, tu n’as pas fini de faire le tour de la ville. Oh que non.

Prépare tes baskets, “viens, c’est sympa tu verras !” (oups non c’est pas ça).

Parce qu’à “Praha” comme on dit là-bas (rien à voir avec le couscous, encore moins avec la choucroute) le touriste, et le pas touriste aussi d’ailleurs, marche. Beaucoup. Longtemps. Loin. Et le soir, le touriste épuisé mais heureux enlève avec une grimace doublée d’un soupir de soulagement (car le touriste est polytâche) ses chaussures. Car il a vraiment, vraiment beaucoup trotté.

Bon, il faut préciser que l’architecture (gothique, baroque, cubiste, Art Nouveau, il y en a pour tous les goûts) n’est pas le seul plaisir de Prague. Après l’effort, le réconfort, j’ai nommé : la bouffe.

Surnommée « Fred et Ginger », la maison dansante détonne : au bord de la Vltava, entourée de respectables immeubles Art Nouveau, sa silhouette déstructurée et originale peut donner le tournis. Construit dans les années 90 (1990, en 1890 on ne construisait pas de bâtiments aussi peu convenables) conjointement par un architecte tchèque et un américain, cet immeuble surprenant abrite des bureaux et symbolise la rupture de la société tchèque avec « son passé totalitaire et son évolution vers des changements radicaux ». Dixit Vlado Milunic, l’un des architectes (le tchèque, vu le nom ça paraît évident).

Il vaut mieux tomber sur La Maison dansante dans la journée. Parce que si vous la voyez disons la nuit, en sortant par exemple d’une soirée, vous risquez de penser qu’il est grand temps de rentrer se coucher. Ceci dit, si vous ne voyez pas quelle est l’originalité de l’immeuble, il est très certainement plus que temps de rentrer sagement à la maison.

Oh, un éléphant rose ! Ah non, une maison qui danse !

 

 


Le bâtiment donne l’impression d’être ivre : il fusionne deux immeubles, l’un de verre et d’acier, l’autre de béton – mais avec des fenêtres déstructurées. Il évoque un couple de danseurs, l’un féminin avec ses courbes presque sensuelles, l’autre très carré, masculin, légèrement trapézoïdal.

La minute culturelle : on appelle ça de l’architecture déconstructiviste. Pas parce que c’est pas construit, parce que ça s’oppose à l’architecture moderne très rationnelle.

Evidemment, c’est comme la Pyramide du Louvre : le tout a fait scandale, pour finir par s’intégrer totalement dans le paysage urbain de Prague. Et toc !


 

Sérieux, ça claque sa mère non ?

Attention, chef d’œuvre.

Aussi belle dedans que dehors, la Maison Municipale est un bijou d’Art Nouveau. Elle a été construite au début du siècle dernier pour symboliser la montée du nationalisme tchèque et a vu proclamer en ses murs l’indépendance du pays en 1918. Elle a également accueilli Vaclav Havel suite à la Révolution de Velours – bref, un témoin de l’histoire comme on dit.

Les salles de réception sont toutes plus belles les unes que les autres et ont toutes été conçues et décorées par des artistes tchèques – dont le plus connu, Alfons Mucha, a pris en charge la Salle du Maire.

Aujourd’hui la Maison abrite de nombreux concerts (de musique classique, je vois mal les Red Hot Chili Peppers s’y produire), deux restaurants et deux bars, tous décorés dans le style Art Nouveau. Autre moyen de visiter l’intérieur : consentir à une obole, minuscule comparée aux merveilles que vous allez découvrir.

Notre Dame de Tyn à PragueNotre-Dame de Tyn (en tchèque “Chrám Panny Marie pred Týnem”) est une église qui domine la Place de la Vieille Ville, peut sembler familière au quidam occidental et c’est normal : la rumeur veut qu’elle ait inspiré le Château de la Belle au Bois Dormant de Disney. Vrai ou faux, toujours est-il que cette silhouette magique surplombe les jolies maison de la place.

En face, la Tour de l’Hôtel de Ville, surtout connue pour son Horloge Astronomique, rassemble à heure fixe les foules venues admirer la petite ronde des marionnettes, tandis que les pickpockets font leur office. Forcément, tout le monde a le nez en l’air (et souvent la bouche ouverte), autant profiter de cette aubaine – le touriste lambda étant connu pour sa propension à se promener avec d’énormes sommes d’argent en liquide sur lui.

Tout autour de la place, les traditionnels restaurants touristiques – à fuir comme la peste – et des maisons hautes couvertes de sgraffites, une sorte de graffitis officiels. C’est beau, c’est grand, c’est central…

 

Le Pont Charles au lever (ou au coucher, c’est vous qui voyez)

Most, ça veut dire Pont. Et ce pont de pierre est le plus connu et le plus ancien de Prague. Il relie les quartiers du Château et de Mala Strana à la Vieille Ville (Stare Mesto), en enjambant hardiment la Vltava (facile à prononcer hein ?).

Joliment jalonné de statues religieuses, il est littéralement couvert de touristes en haute saison (comprenez l’été, l’hiver, le printemps, l’automne et les week-ends). Pour le prendre en photo calmement, va falloir se lever tôt… Mais le jeu en vaut la chandelle.

Ceci dit, c’est assez réjouissant de constater le comportement du mouton touriste sur le pont : première statue, je m’arrête, je regarde mon guide, je la prends en photo, je me fais prendre en photo et j’en reprends encore une pour faire bonne mesure.

Deuxième statue, je m’arrête, je la prends en photo, je jette un oeil sur mon guide.

Troisième statue, je prends une photo vite fait en passant.

Quatrième statue, je passe sans m’arrêter, après tout ce n’est que de la pierre.

Ah, tiens, une statue avec un petit attroupement : je fais comme les autres, je m’arrête, je touche la partie dorée en me faisant prendre en photo, sans trop savoir pourquoi. Mais bon, si les autres le font il y a certainement une bonne raison, je regarderai ce soir dans le guide…

Et ainsi de suite jusqu’à l’autre rive.

Pour la petite histoire, il y a 75 statues sur le pont, qui a été nommé ainsi en l’honneur de Charles IV, un type très important : ce souverain a en effet largement contribué à embellir la ville. Et la statue que les touristes caressent fièrement, c’est celle de St Jean Népomucène, censée vous porter chance.