Category: Histoire et culture

franz-kafka-pragueL’évocation et le nom de Kafka est à jamais lié à la ville de Prague et, bien que l’écrivain tchèque de langue allemande ait voyagé dans toute l’Europe, son esprit se retrouve dans toute la capitale tchèque. La chute du régime communiste et l’essor du tourisme en République tchèque a permis de mieux connaître l’écrivain dont les œuvres furent longtemps condamnées par l’ancien régime. Les magasins de souvenirs à l’effigie de Kafka sont légion à Prague, satisfaisant ainsi à un usage purement mercantile de son nom. Pour découvrir Prague que Kafka a connu et dans laquelle il vécut, il suffit de suivre le guide…

Le quartier juif de Josefov

Pour s’imprégner de l’esprit kafaïen et de la manière dont ses origines juives ont inspiré son œuvre, rien ne remplace la découverte de l’ancien ghetto juif Josefov qui fut parmi les derniers à avoir
kafka-centre-synagogue-espagnolesubsisté. L’ancien quartier juif de Josefov abritait la maison natale de Kafka, qui faisait l’angle de la rue Kaprová avec la rue Maislová. Cette bâtisse est aujourd’hui disparue en raison des grands travaux d’assainissement de la fin du 19ème siècle. Franz Kafka enfant n’y vécut donc que peu de temps, car la famille déménagea en 1885 pour la place Venceslas. Les seuls vestiges que l’on peut découvrir aujourd’hui sont le portail d’origine et une plaque rappelant la naissance de l’écrivain pragois.

Dans la vieille ville plane l’âme de l’écrivain

Une visite du vieux Prague suffit à rappeler que Kafka, né à Prague en 1883 d’une famille juive, a marqué la capitale tchèque de son empreinte si particulière. La vie de Kafta s’inscrit en effet dans une topographie allant de la place de la Vieille Ville que dominent les tours imposantes du Tyn, jusqu’au château de Hradcany. En s’engouffrant dans les ruelles en quinconces et les dédales de la vieille ville à l’atmosphère mystérieuse, on ressent partout l’âme de Kafta et c’est tout juste si l’on ne s’attend pas à voir surgir sa longue et frêle silhouette face à ce château auquel il a consacré l’une de ses plus belles œuvres.

La vie de Kafka est intimement liée à ce quartier, notamment à la Maison aux Trois Rois place de la Vieille Ville où l’écrivain s’installa entre 1896 et 1907. C’est en ce lieu qu’il écrivit son premier romain depuis sa chambre d’où il avait vue sur l’église Notre-Dame-de-Tyn. A quelques pas, se trouve le lycée allemand fréquenté jadis par Kafka, installé autrefois dans le palais Kinsky. Le père de Kafka tenait une mercerie au rez-de-chaussée de ce palais. Ce commerce a depuis été remplacé, sans surprise… par une librairie. Un peu plus loin, 2 rue Celetna le visiteur découvre une boutique de bric à brac où l’on vend des articles en cristal et des poupées russes, qui était à l’époque une autre résidence où vécu aussi Kafka.

Le Musée Kafka

caricature-kafkaLe Musée Kafka installé dans la Briqueterie Herget (à côté du pont Charles), est consacré à la vie et à l’œuvre du célèbre écrivain. On peut y découvrir du matériel ayant appartenant à Kakfa, tels des manuscrits, annotations, cahiers et même dessins ainsi que les premières éditions de chacune de ses œuvres, des photographies et des ustensiles de l’écrivain. Le Musée Franz Kafka abrite également du matériel interactif et des supports virtuels de dernière technologie. Une visite incontournable !

La République tchèque a vécu sous le communisme pendant plus de 40 ans (1948 à 1989) et en a largement souffert, y a sacrifié une partie de sa puissance industrielle et pris un retard considérable économiquement.

 

Si aujourd’hui, la majeure partie du centre ville ne montre que peu de séquelles, il aura tout même fallu près de 20 ans pour que Prague retrouve ses vives couleurs d’antan.

 

Les tchèques et les séquelles du communisme

Pour les jeunes expatriés, le communisme tchèque est un concept un peu vague qui se sent encore chez les vieilles générations ou dans les campagnes reculées de Bohème et Moravie.  S’intéresser à cette époque permet toutefois de comprendre tout un pan de la culture moderne locale: l’envie de voyager  des tchèques, leurs ambitions hatives et un entrepreneuriat parfois un peu sauvage ou au contraire leur manque de dynamisme avec leurs systèmatiques échappées du week-ends dans leurs discrètes “chatas” (chalets). 

place-wenceslas-1969-copie-1.jpgUn petit exemple d’une séquelle ressentie encore aujourd’hui (dans les restaurants et les taxis, voir mon article sur une journée pourrie à Prague) est leur expression: “qui ne vole pas au travail, vole sa famille” et qui se traduisait à l’époque par la nécessité d’améliorer autant que se pouvait l’ordinaire par des voies un peu détournées.

 

Personnellement, j’ai vécu cette époque lors de voyages annuels et je me souviens encore vivement des rues désertes et des échafaudages qui supportaient des façades décrépies et noircies par le chauffage au charbon,  la possibilité de se garer n’importe où sur la place Wenceslas sans être arrêté par une horde de policiers aux beaux gilets jaunes fluos ou encore le manque de fruits “exotiques” dans les magazins.

 

Voici donc un petit aperçu de Prague sous le communisme.

 

La maison municipale dans les années 60 et 70

 

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Source: idnes

 

Un peu plus loin, le centre commercial “chic” Bila Labut (le ‘cygne blanc’) à la même époque

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Source: velkakecja.pise.cz

 

 

Les tanks dans Prague en 1968 durant le Printemps de Prague

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source Ihned

 

 

Des rues sales qui servaient à faire la queue devant les magazins 

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Source: Blog de Petr Cech

 

Prague sous le neige et le communisme…

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Source: ifotovideo

 

Et dans les brumes de charbon

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Source: Npu.cz

 

La chute du communisme, la révolution de velours à Prague en 1988-89

 

Voici une petite vidéo sur la fin du régime communiste lors de la révolution de velours (qui comme vous le verrez n’était pas si douce que cela).

 

 

Je finis ce petit post en vous recommandant la lecture de l’excellent ‘l’Insoutenable légèreté de l’être” de Kundera qui vous donnera un petit aperçu de l’état d’esprit des tchèques alors: rebelles et résignés.

 

 

Dites moi si cet article vous a plu et je fouillerai pour trouver plus de clichés de l’époque.

 

 

Tom, expat pragois

Je vous reviens aujourd’hui avec une recommandation de lecture qui a pour fond la Prague des expatriés et pour trame, la difficulte intégration d’une militante dans un ex-pays communiste, délaissée par son mari fonctionnaire.  

 

C’est avec d’autant plus d’enthousiasme que je vous présente cette oeuvre, car l’écrivaine, Claire Legendre, est une amie rencontrée lors de son séjour en République Tchèque.  

 

“Vérité et Amour”, c’est un titre trop positif et bien trompeur lorsqu’on connait le style sombre et torturé de Claire.  Il dénote d’ailleurs de ceux de ses précédentes oeuvres: “L’écorchée vive”, “Viande”, “Matricule” qui sentent le formol et l’acide.  Il fait en réalité référence au discours de Vaclav Havel qui, à la conclusion de la révolution de velours tchèque, proclamait que “Vérité et Amour devaient triompher du mensonge et de la haine”.  

 

Ce roman se teint d’une touche de politique avec la confrontation de l’idéologie communiste occidentale à celui, mal vécu, d’Europe Centrale et de l’Est mais il aborde surtout les tribulations et déboires amoureuses d’une femme d’expat à Prague.  Une petite pincée d’espionnage sur fond de crise du gaz russe vient en étoffer l’intrigue sentimentale.

 

C’est un véritable témoignagne d’expat poussé à l’extrême et j’espère sincèrement que peu d’entre nous vivent aussi mal leur arrivée à Prague.  Toutefois, vous y reconnaitrez plein de petites expériences vécues et de lieux pragois incontournables, le tout dans un style décapant, vif et critique.

 

Claire, maintenant que tu vis à Montréal, prévois tu une séquelle québecoise avec nos cousins du Nouveau Monde?  D’expérience, je sais qu’il y aurait matière 🙂

 

Bon, en conclusion et sans plus en spoiler l’intrigue, je vous recommande donc chaudement ce roman qui s’avale en quelques heures.

 

 

 

“Vérité et Amour”

de Claire Legendre

Editeur: Grasset

Collection Littérature française

Parution: Février 2013

304 pages, 

N° Hachette: 3326915

 

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Et en prime, une petite interview de Claire

 

 

 

Tom, expat pragois

Les tchèques adorent l’image de la résistance passive du Soldat Chvéïk qui irritent ses supérieurs austro-hongrois par une stupidité géniale.  Cela façonne certainement ce tempérament peu conflictuel qui les caractérise.

Toutefois, il faut reconnaitre que les tchèques posent certaines limites à cet esprit pacifique et peuvent, comme l’a prouvé l’assassinat du SS Reinhard Heydrich en 1942, prendre les armes quand l’oppression devient insoutenable.

Et là, leur héros de référence n’est plus le bedonnant Chveïk mais le terrible Jan Žižka de Trucnov, ce terrible hussite qui fut seigneur de guerre, sauveur de Prague et brigand de grand chemin.

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Bien évidemment, les expats pragois connaissent bien le quartier qui porte son nom (“Žižkov”) et parfois aussi la colline de Vitkov où trône une très belle statue de Zizka.  Ils sont parfois moins au courant des exploits de ce fabuleux général qui en 1420 repoussa la première croisade anti-hussite dirigée par le roi de Hongrie Sigismund du Luxembourg au pied de cette même redoute que forme Vitkov.

Zizka le borgne

Né en 1360 d’une famille noble mineure dans un petit comté, Trocnov, il perd un oeil durant son enfance et est rapidement surnommé Zizka un Oeil.  Cela n’empêchera pas ce borgne de devenir un des plus formidables stratèges de l’Histoire et un des seuls six commandants n’ayant jamais perdu de bataille (avec entre autres Alexandre le Grand et Genghis Khan).jan-zizka-stratege-general-hussite.jpg

Pauvre, il devient rapidement un mercenaire pour la puissante famille Rozmberk puis bandit de grand chemin attaquant les vagons marchands à la frontière Austro-Hongroise.  Il développe alors un véritable art de la guérilla et de l’utilisation tactique des terrains.

Une carrière guerrière sans faute

Ayant reçu pour ses méfaits l’absolution du roi Venceslas IV, il rejoint l’armée de l’Union Polono-Lithuanienne pour combattre l’Ordre des Chevaliers Teutoniques.  Il connait ses premiers faits d’arme à la célèbre bataille de Grunwald.  Rapidement gagné par les idées de Jan Hus, il devient un fervent défenseur hussite et pendant la guerre de religion qui oppose Rome aux dissidents de Bohème, il combat les différentes croisades visant à matter la dissention de l’église locale.

Zizka va donc battre les croisés avec sa redoutable armée de Taborites, des guerriers mercenaires hussites de la ville de Tabor qui admettent les femmes dans leurs rangs.  Il les armera entre autre de fléaux qu’ils maîtrisent parfaitement.

En juin 1923, toute l’armée du roi Sigismund domine la ville de Prague depuis le plateau de Letna.  Les résistants hussites reculent jusqu’à la base de Vitkov.  A 10 000 contre 30 000, les taborites savent qu’ils seront facilement contournés par les 800 formidables chevaliers du Duc Habsbourg, Albrecht V.  Un bref instant, la charge des cavaliers percute et déstabilise les défenseurs qui se sacrifieront afin que les renforts puissent se déployer.  Zizka fait alors disposer de lourds carrioles renforcées pour créer un goulet d’étranglement où les chevaux viendront s’enfermer, sans espace pour utiliser leur supériorité.  Les fléaux des taborites mettent en pièce les croisés et les repoussent ainsi hors de Prague.

Cette dernière sera tellement reconnaissante qu’elle nommera un de ses quartiers Zizkov.

Un aveugle se meurt, invaincu

blason-jan-zizka-de-trocnov.jpgZizka continuera de diriger les armées hussites, repoussant à chaque fois les forces alliées de Rome.  Il meurt, presque aveugle près de la ville de Pribyslav le 11 Octobre 1424.

Le blason de Zizka (source: Wikipédia)

Voici une petite animation pour conclure cet article

Chaque pragois ou touriste à Prague a déjà croisé une des oeuvres de David Cerny, un des artistes les plus en vue de la République Tchèque.  Je vous en parlais dans mon article sur les sculptures du Théâtre National.  En voici un petit aperçu 🙂

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Le tank rose

Né en 1967, il a commencé sa carrière en peignant le tank qui siègeait devant le Palais de Justice en rose pour impressionner une fille.  Ca n’a finalement pas marché avec la demoiselle mais l’a fait connaitre.  Les autorités ont repeint le tank avant que les contestataires du moment recommencent de nuit à tourner en dérision un monument mal accepté (le tank devait célébrer la libération de Prague par les russes lors de la seconde guerre mondiale mais rappelait plus aux tchèques les évènements de 68). David devenait trendy.

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Entropa, la blague qui n’a pas fait sourire Bruxelles

Lors de la dernière présidence tchèque de l’Europe, David avait pour mission de sculpter une oeuvre qui marquerait le passage à la gouvernance de la République Tchèque.  Il a feint de contacter des artistes de chaque pays membre pour représenter leur culture.  

Au lieu de ca, il a facturé très cher (elle vient d’être racheté par un musée de Brno à plus de 10 millions de couronnes) une oeuvre où la France était par exemple couverte d’un drapeau “en grève”.  Autant dire que nos représentants bruxellois n’étaient pas enchantés.

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Venceslas à cheval retourné

Une autre oeuvre que vous pouvez apercevoir au dessus de vos têtes dans le passage Lucerna, une statue de mousse, copie de Wenceslas qui siège en haut de la place Venceslas.  Relisez mon article sur Venceslas pour mieux situer l’autocritique que David inflige aux tchèques.  

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Les Bébés noirs qui montaient sur la tour de la Télé

Vous ne pouvez pas avoir raté cette immense tour de la télé à Prague, celle qui trône sur le haut de Zizkov comme une fusée soviètique à Cuba.  David avait collé des statues de bébé noires et sans visages.  Depuis, certains de ces bébés se sont répandus dans la ville entière.  Vous en retrouvez 3 dans le parc de Kampa par exemple.

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Les statues pissant sur la Tchécoslovaquie

La encore, assez croustillant, vous trouverez devant le musée Kafka de Kampa une double statue pissant sur Prague et Bratislava.  Si vous envoyez un sms, les statues décriront votre nom.  Je ne retrouve malheureusement pas le numéro 🙁    

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Si vous voulez l’apercevoir, il traine très souvent avec le candidat malheureux à la présidentielle: Karel Schwarzenberg dans le bar du Moulin, dans le parc de Kampa.  Il a aussi lancé un complexe artistique au sud d’Andel, le Meet Factory (ancienne boucherie industrielle reconvertie) et hébergeant des concerts et expos sympas, toujours un peu décallés.

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Tom, expat pragois