Category: Histoire et culture

Les tchèques adorent l’image de la résistance passive du Soldat Chvéïk qui irritent ses supérieurs austro-hongrois par une stupidité géniale.  Cela façonne certainement ce tempérament peu conflictuel qui les caractérise. 

Toutefois, il faut reconnaitre que les tchèques posent certaines limites à cet esprit pacifique et peuvent, comme l’a prouvé l’assassinat du SS Reinhard Heydrich en 1942, prendre les armes quand l’oppression devient insoutenable.

Et là, leur héros de référence n’est plus le bedonnant Chveïk mais le terrible Jan Žižka de Trucnov, ce terrible hussite qui fut seigneur de guerre, sauveur de Prague et brigand de grand chemin.

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Bien évidemment, les expats pragois connaissent bien le quartier qui porte son nom (“Žižkov”) et parfois aussi la colline de Vitkov où trône une très belle statue de Zizka.  Ils sont parfois moins au courant des exploits de ce fabuleux général qui en 1420 repoussa la première croisade anti-hussite dirigée par le roi de Hongrie Sigismund du Luxembourg au pied de cette même redoute que forme Vitkov.

Zizka le borgne

Né en 1360 d’une famille noble mineure dans un petit comté, Trocnov, il perd un oeil durant son enfance et est rapidement surnommé Zizka un Oeil.  Cela n’empêchera pas ce borgne de devenir un des plus formidables stratèges de l’Histoire et un des seuls six commandants n’ayant jamais perdu de bataille (avec entre autres Alexandre le Grand et Genghis Khan).

Pauvre, il devient rapidement un mercenaire pour la puissante famille Rozmberk puis bandit de grand chemin attaquant les vagons marchands à la frontière Austro-Hongroise.  Il développe alors un véritable art de la guérilla et de l’utilisation tactique des terrains.  

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Une carrière guerrière sans faute

Ayant reçu pour ses méfaits l’absolution du roi Venceslas IV, il rejoint l’armée de l’Union Polono-Lithuanienne pour combattre l’Ordre des Chevaliers Teutoniques.  Il connait ses premiers faits d’arme à la célèbre bataille de Grunwald.  Rapidement gagné par les idées de Jan Hus, il devient un fervent défenseur hussite et pendant la guerre de religion qui oppose Rome aux dissidents de Bohème, il combat les différentes croisades visant à matter la dissention de l’église locale.

Zizka va donc battre les croisés avec sa redoutable armée de Taborites, des guerriers mercenaires hussites de la ville de Tabor qui admettent les femmes dans leurs rangs.  Il les armera entre autre de fléaux qu’ils maîtrisent parfaitement.  

En juin 1923, toute l’armée du roi Sigismund domine la ville de Prague depuis le plateau de Letna.  Les résistants hussites reculent jusqu’à la base de Vitkov.  A 10 000 contre 30 000, les taborites savent qu’ils seront facilement contournés par les 800 formidables chevaliers du Duc Habsbourg, Albrecht V.  Un bref instant, la charge des cavaliers percute et déstabilise les défenseurs qui se sacrifieront afin que les renforts puissent se déployer.  Zizka fait alors disposer de lourds carrioles renforcées pour créer un goulet d’étranglement où les chevaux viendront s’enfermer, sans espace pour utiliser leur supériorité.  Les fléaux des taborites mettent en pièce les croisés et les repoussent ainsi hors de Prague.

Cette dernière sera tellement reconnaissante qu’elle nommera un de ses quartiers Zizkov.

 

Un aveugle se meurt, invaincu

Zizka continuera de diriger les armées hussites, repoussant à chaque fois les forces alliées de Rome.  Il meurt, presque aveugle près de la ville de Pribyslav le 11 Octobre 1424.  

 

 

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Le blason de Zizka (source: Wikipédia)

 

 

Voici une petite animation pour conclure cet article

 


Tom, expat pragois

Chaque pragois ou touriste à Prague a déjà croisé une des oeuvres de David Cerny, un des artistes les plus en vue de la République Tchèque.  Je vous en parlais dans mon article sur les sculptures du Théâtre National.  En voici un petit aperçu 🙂

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Le tank rose

Né en 1967, il a commencé sa carrière en peignant le tank qui siègeait devant le Palais de Justice en rose pour impressionner une fille.  Ca n’a finalement pas marché avec la demoiselle mais l’a fait connaitre.  Les autorités ont repeint le tank avant que les contestataires du moment recommencent de nuit à tourner en dérision un monument mal accepté (le tank devait célébrer la libération de Prague par les russes lors de la seconde guerre mondiale mais rappelait plus aux tchèques les évènements de 68). David devenait trendy.

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Entropa, la blague qui n’a pas fait sourire Bruxelles

Lors de la dernière présidence tchèque de l’Europe, David avait pour mission de sculpter une oeuvre qui marquerait le passage à la gouvernance de la République Tchèque.  Il a feint de contacter des artistes de chaque pays membre pour représenter leur culture.  

Au lieu de ca, il a facturé très cher (elle vient d’être racheté par un musée de Brno à plus de 10 millions de couronnes) une oeuvre où la France était par exemple couverte d’un drapeau “en grève”.  Autant dire que nos représentants bruxellois n’étaient pas enchantés.

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Venceslas à cheval retourné

Une autre oeuvre que vous pouvez apercevoir au dessus de vos têtes dans le passage Lucerna, une statue de mousse, copie de Wenceslas qui siège en haut de la place Venceslas.  Relisez mon article sur Venceslas pour mieux situer l’autocritique que David inflige aux tchèques.  

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Les Bébés noirs qui montaient sur la tour de la Télé

Vous ne pouvez pas avoir raté cette immense tour de la télé à Prague, celle qui trône sur le haut de Zizkov comme une fusée soviètique à Cuba.  David avait collé des statues de bébé noires et sans visages.  Depuis, certains de ces bébés se sont répandus dans la ville entière.  Vous en retrouvez 3 dans le parc de Kampa par exemple.

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Les statues pissant sur la Tchécoslovaquie

La encore, assez croustillant, vous trouverez devant le musée Kafka de Kampa une double statue pissant sur Prague et Bratislava.  Si vous envoyez un sms, les statues décriront votre nom.  Je ne retrouve malheureusement pas le numéro 🙁    

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Si vous voulez l’apercevoir, il traine très souvent avec le candidat malheureux à la présidentielle: Karel Schwarzenberg dans le bar du Moulin, dans le parc de Kampa.  Il a aussi lancé un complexe artistique au sud d’Andel, le Meet Factory (ancienne boucherie industrielle reconvertie) et hébergeant des concerts et expos sympas, toujours un peu décallés.

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Tom, expat pragois

Il n’y a pas à dire, le cinéma tchèque est bon.  D’ailleurs il se rapproche pas mal du cinéma français avec des tranches de vie, des comédies cyniques et même quelques bons films d’actions.

 

Recommandez aussi vos films tchèques préférés en commentaire!

 

J’en ai déjà vu pas mal et voici une petite sélection de “must see”.  J’essaie de traduire les titres litéralement.  Désolé d’avance aux traducteurs puritains pour les erreurs.

 

Pelisky, comédie dramatique de Jan Hrebejk avec l’excellent Bolek Polivka (1999) sur les relations entre voisins dans les années 1967-1968.

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cesky sen (2004) “le rêve tchèque” un documentaire incroyable d’étudiants qui critique l’aspect matérialistique des tchèques.  Le réalisateur crée un faux supermarché avec un marketing poussé sur les prix.  Les premiers clients se ruent à l’ouverture avant de découvrir la supercherie.

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Stesti (2005) “Bonheur” une comédie dramatique sur la vie difficile de jeunes sans argent avec la très bonne actrive Tatiana Vilhelmova et le blasé Pavel Liska.

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Musime se pomahat (2000), “nous devons nous aider” autre comédie avec Bolek Polivka sur des tchèques pas mal intentionnés qui sont obligés de cacher un juif pendant la seconde Guerre Mondiale.

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Vratne lahve (2006) “la consigne de bouteilles” avec un autre monstre du cinéma tchèque zdenek Sverak (honnetement, tous ses films sont bons).  Un prof presque à la retraite et légèrement pervers décide de changer de vie et prend un travail au supermarché à la consigne de bouteilles vides (les tchèques avec leur consommation de bières font bien de recycler).

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Roman pro zeny (2004) “Roman pour femmes” comédie légère sur les rencontres d’une fille et de sa mère.  Je n’ai pas encore vu la suite Roman pro muzi “Roman pour hommes”.

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Obsluhoval jsem anglickeho krale (2006) “J’ai servi le roi d’Angleterre” comédie ou un homme petit revie ses mémoires.

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Dedictvi aneb Kurva hosi guten tag (1992) “Héritage ou Allez vous faire voir les gars Guten tag”, qui raconte l’histoire d’un bourrain (buran) un peu voleur.

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Bobule (2008) et Bobule 2 (2009) “baies” en référence aux raisin morave qui sert à faire de très bons vins blancs.  L’histoire d’un jeune criminel qui quitte Prague en cavale pour se réfugier en campagne en Moravie.  Ca donne une petite idée du clivage Bohème / Moravie.

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Samotari (2000) “Les esseulés” avec Jiri Machacek, un des meilleurs comédiens tchèques et chanteur du groupe MIG21.  Des jeunes passent leur temps à glandouiller en fumant des joints.

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Muzi v nadeji (2011) “hommes dans l’expectative” avec un beau duo du désabusé Jiri Machacek et du vieillissant Bolek Polivka en pleine histoire d’adultères.

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Bon, ca fait beaucoup de comédies.  Je reposterai sur des films plus sérieux.  En attendant, n’hésitez pas à partager vos découvertes.

Thomas Bordier+

Tous les touristes (et quelques expats pas curieux?) remontent la place Venceslas sans trop se demander d’où vient le nom des “Champs Elysées” de Prague.  Parceque l’Histoire m’intéresse toujours, voici un peu l’histoire du Saint patron de la République Tchèque mais aussi des brasseurs!! Quelle coincidence!

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Saint Venceslas est né près de Libusin, en région pragoise vers 907. Son père était le prince Vratislav Ier de Bohème (fondateur de l’église Saint George et troisième régnant de la dynastie des Premyslid) et sa mère Drahomira qui prendra le pouvoir en 921 à la mort de son mari.  Sympathique époque, Drahomira fera assassiner par deux guerriers vikings Tunna et Gomon dans la forteresse de Tetin sa belle mère, Ludmila, qui élevait le jeune Venceslas dans le respect de la religion.  En effet, elle ne voulait pas que son fils soit trop attaché à l’église…

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En 923, le jeune prince devient roi de Bohème et conclut la paix avec le roi Henri Ier de Germanie qui veut envahir le royaume.  Chose amusante, il se met d’accord sur la somme annuelle de 129 boeufs et 500 talents d’argent pour éviter la guerre.

Pacifiste, il préfère réformer la religion (sorry mum!) dans le Royaume et lance la construction de la cathédrale Saint Guy (une simple rotonde flanquée d’ailes étroites à l’époque), en tchèque Svaty Vitus, que vous pouvez visiter au chateau de Prague.

boleslav-assassin-de-venceslasToutefois, son frère Boleslav, beaucoup plus vindicatif et avare de pouvoir, conspire et l’assassine dans sa forteresse (renommée depuis Stara Boleslav) à 30 km au Nord de Prague le 28 septembre 939 (certains disent 935, c’est toujours étonnant que les historiens soient d’accord sur la date mais pas l’année).  C’est au cours d’un banquet donné en l’honneur des Saints Cosmas et Damian que les soldats de Boleslav essaient de saouler en vain la suite de Venceslas pour se faciliter la tâche.  Ce dernier est certainement au courant de l’attentat qui se prépare et a donné des instructions: “pas de bière ce soir les gars” (“zadny pivo dneska kluci”).  Les assassins sont obligés d’attendre la messe du matin pour passer à l’attaque.  Venceslas tente de se cacher dans la chapelle mais le prêtre lui en ferme gentiment la porte au nez. Il se fera poignardé (aouch…) et pour éviter les représailles, toute sa suite aussi, enfants inclus.  Quand je vous disais que c’était une époque sympatoche…

Boleslav, une fois régnant, se repentira et lorsqu’il obtient un évêché pour Prague, il demande à ce que Venceslas soit canonisé et devienne le patron du diocèse.

Chaque 28 septembre la République Tchèque célèbre la mort de Venceslas et férié.

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Le symbole de Venceslas est régulièrement repris comme l’âme tchèque pacifique.  C’est au pied de la statue (par J.V. Myslbek érigée en 1912) qui trone en haut de la place en question est toujours le lieu de rassemblement des protestations (naissance de la République de Tchécoslovaquie en 1918) et l’endroit où s’était immolé Jan Palach en 1969 dont je vous parlais récemment.

C’est après la révolution de 1848 que la place a été nommée Vaclavske Namesti (place Venceslas).

Nazdravi a dekuji Vaclave za pivo!

Thomas Bordier+

Avec la restauration récente (inauguration le 24 Octobre 2011) de la statue de Zizka veillant sur Prague, le musée de Vitkov sur la colline séparant Karlin de Zizkov s’offre un nouveau look.

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Le rajeunissement de l’intérieur de ce bloc si imposant tronant au dessus de Prague vaut le détour.  Construit entre 1929 et 1938 pour célébrer la Liberté (naturellement, j’aurai cru à l’oeuvre de communistes aimant les gros blocs carrés et gris staliniens, eh ben non).  Sa terasse offre certainement la plus belle vue de Prague, de son chateau et des environs. 

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Je vous conseille chaudement donc d’y faire un tour visiter le musée moderne expliquant les terribles évenements depuis l’avènement de la Tchécoslovaquie dont la France était un fervent allié (avant de l’abandonner en 1938 aux mains de l’Allemagne nazie suite aux accords de Munich).

Les explications sont souvent disponibles en anglais bien que les versions tchèques soient généralement plus fournies.

On y retrouve entre autre les affaires que portait Jan Palach avant de se mettre le feu sur la place Venceslas en 1969 pour protester contre le régime communiste et réveiller les conciences qui acceptaient leur triste destinée.

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C’est aussi là que se trouve le mausolée des soldats inconnus.  Vous pouvez y lire le serment que font soldats et présidents tchèques.

Le musée a été bien pensé, utilise le multimedia pour nous faire revivre l’ambiance d’alors et explique finalement beaucoup le rôle des principaux politiques tchècoslovaques tels que Tomas Garrigue Masaryk (le créateur de la Tchécoslovaquie à la fin de la première guerre mondiale) ou le detesté Klement Gottwald qui déposa le Président Benes en 1948 pour livrer le pays au bloc soviètique.

Je vous conseille de vous arrêter au café qui offre lui aussi une très belle vue sur l’Est de la ville.

 

Je reviendrai avec un post dédié à Jan Zizka de Trocnov, cet étonnant Prince qui fut brigand, mercenaire et le plus grand général des guerres hussites.  Ce guerrier entraina une des meilleures troupes entre autre composée de femmes (armées de fléaux, elles sont souvent representées en fonds de tableau dans les représentations de Zizka) pour défendre Prague le 30 juin 1420 contre Sigismund, roi de Hongrie qui au nom du pape voulait mater la résistance Hussite.

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Bonne visite!

 

Plus de détails:

Voir le site des Monuments Nationaux

Accessible depuis Florenc à pied (belle petite montée toutefois) ou par l’autre extremité de la longue colline depuis l’arrêt Ohrada.

Ouverture: jeudi au dimanche de 10 à 18 heures

Tickets:

– 110 CZK pour adultes, 

– 60 CZK tarif réduit,

– 170 CZK pour les familles (2 adultes, 3 enfants),

– gratuit pour les enfants de moins de 6 ans.

 

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